« C’est elle votre chienne qui s’était enfuie? »

Voilà ce que j’entends encore régulièrement dans mon village ou « Il s’est bien remis votre chien? » ou encore « Votre chien ne s’est plus enfui? ».

Il y a un peu plus de 3mois nous avons vécu (ou plutôt survécu) 10 jours d’angoisse absolue à chercher U.

Quand X m’a proposé U, sa pépite, la beauté dont elle était si fière je n’ai pas pu refuser.

Elle me proposait U parce que X s’oriente vers un travail avec ses chiens non compatible avec le caractère de U.

Je venais de m’engager à venir chercher Kemy à Paris quelques jours plus tard alors c’était parfait, je ferais le trajet pour ces deux belles ❤️

J’avais le cœur en fête, j’avais tellement hâte de les rencontrer, de les caresser, les emmener à la maison, leur faire rencontrer ma meute…

Et puis ma grand mère s’est envolée, mes émotions partaient dans tous les sens, la cérémonie d’adieu a été fixée au jour du trajet qui m’emmenait chercher mes belles.

J’ai hésité à annuler mon voyage mais je travaillais d’arrache pied sur l’organisation de l’expo pomsky de Triors qui avait lieu 15 jours plus tard, je ne pourrais pas décaler.

A quelques minutes d’arriver à Paris je reçois un appel de X, elle doit partir en urgence chez le vétérinaire pour une de ses chiennes, elle ne pourra pas m’emmener U.

Elle me rappelle quelques minutes plus tard, une amie va me rejoindre à la gare avec U.

J’aime quand les choses se passent de manière fluide, simple, pour moi c’est une grosse pression de ramener deux chiennes en train et je veux juste que tout se passe bien.

J’arrive à la gare, je rencontre Kemy. Cette louloute cela fait des mois que je rêve de la voir agrandir ma meute. Et le charme est immédiat, elle est terriblement affectueuse, calme et qu’est ce qu’elle est belle avec sa fourrure si douce ❤️

Et puis nous attendons l’arrivée de U, l’amie de X peine à se rapprocher de la gare, je n’ai que très peu de temps avant de monter dans le train retour, j’essaie de rester zen, la voilà, elle a très peur, je fais de mon mieux pour la rassurer, je lui offre une friandise, de l’eau, des caresses, je lui mets le collier que nous avons choisi pour elle avec les enfants, je lui explique qu’une fois à la maison elle sera bien, je ferai de mon mieux pour lui offrir une très belle vie de louve.

Nous arrivons. Mon chéri vient nous chercher, mon train à pris quelques minutes de retard, nous n’avons que très peu de temps pour installer les louloutes à la maison. Je mets Kemy dans un parc toute seule, je décide de mettre U avec 3 de mes chiens dans la cour, que des crèmes qui pourront lui souhaiter la bienvenue et la laisser prendre ses marques.

La cérémonie est éprouvante, mon père joue de la guitare c’est très beau et à la fois très triste, mais surtout ça m’attrape les tripes.

Au retour je n’ai qu’une envie c’est d’aller voir mes chiens et surtout mes belles que j’ai juste rencontrées sans prendre le temps de les connaître.

Quand j’arrive j’ai le droit à une belle fête, mes loups me comblent, j’ai une chance infinie. Mon cœur est vidé par cette journée, ce moment de douceur me fait beaucoup beaucoup de bien.

Je ne vois pas U dans la cour, je rentre vite voir Marius, je suis persuadée qu’il l’a prise avec lui dans sa chambre.

Non U n’est pas là. Elle n’est pas dans le jardin.

Elle n’est pas chez nous.

Elle s’est enfuie.

Nous devons la retrouver. J’informe X, je lui promets de la tenir au courant.

Avec mon chéri nous partons faire le tour du quartier à pieds.

Nous la voyons au parc à 300m de chez nous, elle traverse, elle est dans un champs, elle court vers nous, je peux la plaquer au sol mais je renonce je ne veux pas qu’elle ait peur de moi, elle passe à quelques cm de mes doigts, j’aurais pu la plaquer au sol, peut être que j’aurais du.

Après le tour du quartier à pieds nous prenons la voiture, nous errons, toute la soirée, jusqu’à la nuit, de retour à la maison nous l’appelons, j’installe la caisse dans laquelle elle a voyagé avec ses croquettes habituelles devant la cour.

Le lendemain et le lendemain et le lendemain et le lendemain… nous la cherchons, plusieurs fois nous l’apercevons mais impossible de l’approcher.

X m’envoie une bande son dans laquelle elle l’appelle, je la passe en continu avec une enceinte puissante, tantôt à pied tantôt en voiture. Je n’entends même plus la voix, je suis fatiguée, mon cerveau est en vrac.

Un jour nous la voyons elle est au bord de la route, là juste à côté de nous. C’est une route très passante, elle décide de se faufiler au milieu des voitures, je suis terrifiée, je cours sur la route, pas après elle mais je veux que les automobilistes la voient, les gens doivent me prendre pour une folle mais je m’en fous.

Elle entre dans la cour d’une entreprise, nous fermons le portail, elle est juste là, à quelques mètres de nous, c’est sûr nous allons l’attraper, il suffit de la coincer dans un angle mais elle saute dans un trou du grillage.

Rage, désespoir, angoisse encore et encore.

Sa maîtresse me rejoint avec une amie, elles ont roulé toute la nuit pour être là à l’aube, c’était sûr nous allons la retrouver, elle va courir se lover dans les bras réconfortants de X.

Mais non U ne montre pas sa truffe.

Le cœur lourd, la nuit suivante X et son amie reprennent la route.

Nous avons continué à errer à pieds, en voiture, avons distribué notre numéro partout, avons scotché des affichettes, diffusé des annonces sur les réseaux.

Dans mon village tout le monde s’implique dans les recherches, ils ont l’habitude de me voir marcher avec mes chiens, sourire aux lèvres, à ce stade je ne suis qu’un zombi qui tache de tenir debout.

L’expo de Triors a lieu dans quelques jours mais je suis incapable de m’en occuper, en fait je ne suis capable de m’atteler à aucune tache, je veux juste retrouver U, la savoir en sécurité.

Et puis je reçois un appel, une personne de mon village me félicite pour le retour d’U, je ne comprends pas ce qu’elle me dit, je reçois un double appel, une autre personne de mon village qui me demande si j’ai pu la récupérer.

Je fonce sur Facebook, je vois cette photo de U dans une maison, c’est irréel, je pleure, je suis en état de choc, j’essaie de contacter la personne mais elle n’a pas laissé son numéro, il se passe un moment infini avant qu’elle ne réponde à mon message, je pleure, elle me donne son adresse, je saute dans la voiture, mon mari conduit j’en suis incapable.

Quand nous arrivons la bas, Utah n’est plus dans la maison, la dame ne connaissait pas la situation et l’a laissée retourner dans le jardin.

Elle nous annonce que U est blessée à une patte.

Elle nous fuit, elle nous associe à une traque de 9jours, elle est apeurée, elle n’a pas confiance en nous…

La dame comprend notre détresse, elle me promet de laisser sa porte ouverte et de fermer U dans la maison dès qu’elle décidera de venir chercher un peu de confort. Rappelons qu’elle est un chien de canapé avant d’être une louve.

Ce n’est que le lendemain matin qu’elle m’appellera enfin. Je rentre dans la maison, elle a si peur de moi, j’ai si mal, enfin je la prends dans mes bras, j’essaie de rester calme, je lui parle avec douceur, lui explique nous allons la soigner. Je ne dois pas pleurer. Je la mets en caisse de transport dans la voiture, je me mets au volant, mes joues sont inondées de larmes.

Chez mon vétérinaire toute l’équipe l’attend, c’est le collier que je lui ai passé à la hâte à la gare qui à causé ses blessures. Je ne l’ai pas ajusté, elle a passé sa patte dedans, ce foutu collier a cisaillé et brûlé la peau sous son épaule, la plaie est moche, le vétérinaire ne peut pas recoudre pour l’instant mais elle est prise en charge, elle est en sécurité.

Elle restera 3 jours à la clinique et pourra être recousue.

Je vais la chercher, je suis terrorisée, les sorties pipi sont un stress inouï. Mais je veux lui offrir de l’apaisement, je fais de mon mieux.

J’ai annoncé à X que je souhaite lui ramener U, mes chiens ne vivent pas en chenil, ils vivent en parcs mais ce n’est pas assez sécurisé, j’ai investi trop de peur, trop de souffrance dans ce début de relation, ce n’est pas comme ça que ça aurait du se passer, elle ne méritait pas que son séjour dans la Drôme soit aussi traumatisant.

Je prends mon billet de train, demain je ramène U, cette perspective m’apaise. Nous sommes mercredi, Ova et Marius sont avec moi, nous allons dans le jardin.

Je reçois un appel d’un papa de l’école d’Ova, il me dit qu’il vient de voir U. Je lui réponds que ce n’est pas possible. Il insiste. Je suis dans le déni. Mais il me la décrit et me parle de sa collerette.

Je rentre en trombe dans la maison, Utah n’est pas là, elle s’est enfuie à nouveau. Blessée, avec une collerette, elle a sauté par une fenêtre à plus de 1m30 du sol. C’est de ma faute, tout est de ma faute.

L’enfer recommence.

Je pars à pieds dans le quartier avec un de mes chiens.

Il fait très très chaud, mon chien halète, je ne peux pas continuer sous cette chaleur et puis la traque ne sert a rien. Je dois penser comme U.

Depuis 24h que U est chez nous elle cherche notre présence, demande des câlins, je veux croire que ce sera différent cette fois.

Alors j’essaie de poser mes émotions dévorantes, j’essaie d’être présente pour mes enfants et je décide d’attendre. Elle est partie 9jours mais ne s’est jamais éloignée, à présent elle nous connaît un peu, je ne dois pas paniquer.

Le papa de l’école me rappelle, elle est dans un jardin à 300m de chez nous. J’y vais, je remercie le jardinier d’avoir prévenu son gendre et lui demande de nous laisser. Oui je le mets dehors de chez lui 😳

Je suis seule, le jardin est beau, il y a plein d’arbustes et haies qui apportent fraîcheur et cachettes, je respire profondément, je dois évacuer mon stress, mes peurs et toute cette colère contre moi même, comment ai je pu laisser cette fenêtre ouverte?

Je ferme les yeux, je suis à genoux sur l’herbe douce, j’écoute, le moindre bruissement est un espoir, le moindre craquement me rapproche de la libération.

Je parle, je parle à U et à moi même, je parle à voix haute mais douce de la beauté de ce jardin, de cette fraîcheur qui fait du bien, de ce que je vais ressentir quand elle retrouvera sa maison, de sa vie qu’elle va retrouver.

Le temps passe, combien de temps je ne sais pas, je suis restée 9jours suspendue aux recherches d’Utah, la notion du temps m’est devenue irréelle.

J’ouvre les yeux, elle est là, je me mets une pression de folie pour ne rien faire.

U decide. U viendra d’elle même. Moi je dois juste lâcher prise.

Je m’allonge dans l’herbe, ma posture éveille sa curiosité et elle vient se mettre contre moi.

Je la caresse, je ne dois pas me précipiter, je remonte le long de son dos, je caresse son encolure, je plaisante avec elle et lui dis que je n’avais jamais vu une telle chipie. L’humour pour combattre la douleur, finalement il me reste un bout de raison.

En douceur et sans rompre cet instant de tendresse je mousquetonne la laisse, la situation est sous contrôle, nous pouvons continuer à profiter de ce jardin, nous y restons allongées un bon quart d’heure avant de rentrer à la maison.

A la maison nous sommes en plan vigilance maximale. U sort pour ses pipis, je la caresse et lui parle beaucoup mais chaque minute de plus à ses côtés me terrorise.

Quand au terme de notre trajet nous arrivons à la gare je n’ai qu’une hâte c’est de mettre la caisse de transport contenant U dans la voiture de X. Et alors je pleure. Je pleure de soulagement, je pleure de honte, je pleure de colère contre moi même, je pleure de gratitude, je pleure d’épuisement, je pleure de culpabilité pour ma famille que j’ai complètement abandonnée pendant cet épisode terrible.

J’ai eu beaucoup de difficultés à accepter le fait de ne pas garder U alors qu’il s’agissait de ma propre décision.

On m’a dit plusieurs fois que je n’aurais pas dû la ramener parce que ça voulait dire que je restais sur un échec.

Mais la lutte contre les échecs c’est une histoire d’ego. Et froisser mon ego dans cette histoire était la dernière de mes préoccupations.

J’ai fait beaucoup d’erreurs, la première erreur est d’avoir accepté de prendre U alors que j’allais déjà chercher Kemy, je suis un petit élevage, l’arrivée de 2 chiens c’était peut être déjà trop pour moi.

Ensuite quand X m’a informée qu’elle ne pouvait pas m’apporter U à la gare, j’aurais du voir un signe et retarder son arrivée chez nous à après l’expo.

Quand nous sommes arrivées chez moi et que je devais vite repartir pour les obsèques de ma grand mère j’aurais du faire faire pipi à U et la remettre en caisse de transport jusqu’à mon retour.

En fait j’ai enchainé les erreurs jusqu’à la dernière avec cette fenêtre ouverte. Je suis donc responsable et je suis capable de l’assumer.

Ce qui a été incroyable c’est le soutien sans faille de X qui a été d’une bienveillance infinie. J’étais tellement en colère contre moi même que j’aurais voulu qu’elle me frappe, qu’elle me hurle dessus mais non elle a juste été soutenante et présente. et ce fut très très précieux, je la tenais informée de chaque information reçue, je voulais que l’on soit une équipe dans cette quête tellement mais tellement éprouvante.

Cela fait plus de 3mois maintenant que j’ai ramené U chez elle. Elle va bien, elle gardera des cicatrices physiques et psychologiques de ces 9 jours de fuite mais X lui a offert le cocon secure dont elle a besoin.

Et moi?

Je regrette mes erreurs mais je ne regrette pas d’avoir ramené U.

Mon plaisir est d’offrir à ma meute des balades et surtout des balades en liberté, je trouve horrible d’écrire cela mais U je ne pouvais l’imaginer autrement qu’accrochée au bout d’une laisse et ça ne me correspond pas, j’aurais haï lui offrir une vie d’enfermement parce que ça me sécurise plus que ça ne la sécurise elle même.

Notre élevage est familial et dans familial il y a mes enfants, mon homme qui acceptent déjà que mon métier me passionne autant, m’occupe chaque jour de la semaine et de l’année mais je ne peux pas en plus leur imposer l’angoisse d’avoir à la maison des chiens susceptibles de fuir à la moindre brèche. Non je n’ai pas le droit de faire ça et même si un chien esthétiquement d’exception m’était proposé, le critère du caractère compatible avec notre vie serait a présent la priorité.

Et puis enfin MERCI.

D’abord merci à X, je n’ai pas de mots, tu as été parfaite dans cette épreuve.

Merci à ma famille, mes amis, aux personnes de mon village, de l’école d’Ova, aux petits commerçants, à mes connaissances, aux inconnus sur les réseaux… vraiment MERCI de tout mon cœur parce que vous nous avez donné des indications, avez apporté du soutien, de l’aide logistique, avez diffusé l’annonce et tout, absolument tout ce que vous avez fait pour nous aider était précieux!

Belle et douce vie à toi U.

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